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Réforme des retraites : l’âge de départ en question

la protection sociale des salariés et des employeurs est importante et nécéssite une assurance dédiée
06/11/2018 - Le sujet est revenu à l’ordre de jour dans la presse peu avant la réunion intersyndicale du 10 octobre dernier : le gouvernement, appuyé par le MEDEF, envisagerait de repousser d’une année l’âge de départ en retraite sans décote, à l’image de ce qui va s’appliquer dans le régime unique AGIRC/ARRCO pour les salariés nés à compter de 1957, dès le 1er janvier prochain.

La question n’a pas été officiellement évoquée lors de la rencontre entre les organisations syndicales et le gouvernement, mais on imagine que la piste de la mise en place d’un « âge pivot », fixé à 63 ans, pourra tout-à-fait être exploitée.
Au-delà de la probable stratégie visant à lancer une idée pour mesurer le degré d’opposition des partenaires sociaux, il est intéressant de se demander pourquoi cette question de pur paramétrage refait surface dans un projet qui se voulait au-dessus des questions d’équilibre financier.
 

Des perspectives financières qui ont bien changé depuis la campagne.

Revenons un peu en arrière. Lorsque le candidat Macron parlait de la situation financière des régimes de retraite, il utilisait les termes de « sérénité raisonnable ». Il pouvait en effet s’appuyer sur le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) de juin 2016 prévoyant un retour à l’équilibre des régimes à l’horizon 2024.
Or, dès juin 2017, le même COR faisait voler en éclat le positionnement du Président de la République fraîchement élu en corrigeant fortement ses projections, parlant désormais d’un retour à l’équilibre pour 2041.
La sérénité n’est donc plus de mise…
 

L’âge de départ est-il vraiment intouchable ?  

Au vu des hypothèses plutôt pessimistes du COR, il paraît légitime d’introduire dans le fonctionnement du nouveau régime des mécanismes visant à garantir son équilibre financier. En cela, la réintroduction dans les débats de l’âge comme élément de paramétrage n’est donc pas étonnante et le pragmatisme pourrait primer sur les promesses de campagne du candidat.
On le sait, l’instauration d’une décote temporaire en cas de prise de retraite avant 63 ans a fait vivement réagir les syndicats, qui ont rappelé que la retraite dès 62 ans ne sera pas un point négociable.
Il reste que la piste évoquée ne remettrait pas en cause cet âge de 62 ans, qui resterait bien l’âge légal d’ouverture des droits, mais plus exactement la possibilité d’obtenir une retraite pleine dès cette date. Le gouvernement martèle en effet qu’il ne reculera pas l’âge de la prise de retraite, mais à ce jour, les conditions financières dans lesquelles cette prise de retraite à 62 ans s’effectuera n’ont pas été précisées. La porte reste donc ouverte.
De plus, on peut tout à fait s’interroger sur l’aptitude des organisations syndicales à s’opposer à une mesure qu’ils ont eux-mêmes mis en place, sous couvert d’équilibre financier, dans le régime AGIRC/ARRCO dont ils assurent la gouvernance…
 

L’âge de départ comme outil de pilotage ?

Il est donc acquis que la pension du futur régime universel pourra être versée dès l’âge de 62 ans.
Dans un régime par points, serait-il pertinent d’instaurer un système de décote/surcote temporaire, alors même que le gouvernement disposera d’un outil très simple de pilotage du régime : la valeur de service du point ? La décision de partir en retraite ou de poursuivre son activité dans le but d’améliorer le montant de ses droits ne s’arbitrera-t-elle pas tout simplement au vu du montant de la pension calculée à l’âge de 62 ans ?
La mise en place d’un âge pivot garantissant l’obtention d’une pension sans décote pourrait cependant constituer un bon moyen de conserver les assurés dans le système de cotisation une année supplémentaire sans reculer l’âge d’ouverture des droits, ni trop jouer sur des variations de la valeur du point, qui rappelons-le, impacteront également le montant des pensions en cours de service.
Absente des débats depuis quelques mois, l’idée d’assoir le calcul des pensions de retraite du futur régime sur l’espérance de vie des bénéficiaires au moment de leur départ à la retraite pourrait également refaire surface. En effet, le programme du Président Macron indiquait que l’allongement de l’espérance de vie serait pris en compte en continu dans le pilotage du régime.